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Voyons les choses en face, la récession est déjà là

«Voyons les choses en face, la récession est déjà là» | Ecrit par Céline Coubray et publié par Paperjam.

Afin de mettre en perspective la crise que le monde traverse actuellement, Paperjam Architecture + Real Estate a interviewé Andrew Phipps, head of EMEA Research and Insight chez Cushman & Wakefield, pour connaître son point de vue sur le marché immobilier chinois actuel et ce qui pourrait être espéré en Europe prochainement.

Quelle analyse portez-vous sur la situation en Chine actuellement?

Andrew Phipps. – «Tout le monde a actuellement le regard tourné vers la Chine pour voir comment ils se remettent de la crise liée au coronavirus, et par conséquent quel type de rétablissement nous pourrions espérer en Europe et aux États-Unis.

En Chine, que ce soit dans les usines ou dans les bureaux, les personnes sont en train de revenir au travail. La plupart des bureaux sont désormais ouverts, les usines remises en route. Il y a toujours quelques lieux qui doivent répondre à une restriction comme les écoles, restaurants, bars, cinémas, qui ne sont que progressivement rouverts. Une des chances qu’a la Chine en ce moment est qu’ils peuvent reprendre une activité, mais avec une baisse des demandes en provenance d’Europe et des États-Unis. Ils ne sont pas au maximum de leur capacité, mais ne doivent pas produire comme tel.

En termes de transport, de logistique, qui sont des secteurs qui ne sont pas encore totalement remis, ils peuvent travailler à un rythme moindre, ce qui traduit un lent retour à la normale. Ils attendent que le reste du monde passe le pic de la crise et en profite pour eux-mêmes se remettre progressivement au travail.

Avez-vous déjà pu observer un changement sur le marché immobilier chinois depuis l’apparition du coronavirus?

«Nous attendons encore les chiffres du premier trimestre, mais la vue est positive. Le fait que toutes les boutiques aient désormais pu rouvrir et que les gens aient envie de reprendre le rythme de leur vie aussi vite que possible sont des signaux positifs pour le marché. Il y a toujours un challenge pour les personnes qui doivent se rendre en Chine puisqu’il y a toujours des restrictions. Mais avec un peu de chance, dans les deux ou trois semaines à venir, cela sera levé et les personnes pourront voyager beaucoup plus aisément.

En Chine, une grande part de l’investissement vient de l’intérieur du pays. Donc je ne perçois pas particulièrement de signe de nervosité sur le marché.

Andrew Phipps,  head of EMEA Research and Insight,  Cushman & Wakefield

Avez-vous remarqué un changement de comportement de la part des investisseurs?

«En Chine, une grande part de l’investissement vient de l’intérieur du pays. Donc je ne perçois pas particulièrement de signe de nervosité sur le marché. La seule chose qui change actuellement, c’est l’aspect logistique pour entrer en contact avec les personnes, pouvoir discuter des projets et des investissements, pour signer les accords finaux.

De nombreuses transactions qui étaient en cours sont reportées, tout comme la visite physique des biens. Mais je ne pense pas qu’il y ait un manque d’appétit de la part des investisseurs chinois, que ce soit à l’intérieur de la Chine ou vers l’international. Il y a juste le challenge de pouvoir réaliser les transactions.

Les chantiers ont également dû s’arrêter en Chine, n’est-ce pas?

«Oui, ils ont dû tout arrêter également. Mais comme je le disais, l’activité reprend maintenant. Nous arrivons au printemps, période de l’année qui correspond naturellement à la reprise des chantiers, le premier trimestre étant toujours plus calme pour la construction. Pour l’immobilier, le calendrier de la crise en Chine n’a pas été si mauvais. Nous prévoyons de revenir à une activité tout à fait normale pour le troisième trimestre.

Les propriétaires de bureaux s’attendent à une augmentation dans les mois ou années à venir de 20% du temps passé en télétravail par rapport à maintenant.

Andrew Phipps,  head of EMEA Research and Insight,  Cushman & Wakefield

Donc pour le moment, on ne peut pas observer de grandes conséquences sur le marché immobilier, et spécialement sur le marché des bureaux?

«Je dirai que la réponse est non, mais aussi… oui. Nous ne pouvons pas dire encore de manière explicite si le marché de l’immobilier de bureaux a radicalement changé. Mais, nous devons être réalistes: je suis persuadé que, parce que les personnes ont dû travailler de leur maison, cela va évidemment influencer la manière dont nous concevons nos espaces de travail.

Cushman & Wakefield en Chine a réalisé un sondage à ce sujet et les propriétaires de bureaux s’attendent à une augmentation dans les mois ou années à venir de 20% du temps passé en télétravail par rapport à maintenant. C’était relativement peu courant en Chine, mais maintenant qu’ils ont eu cette expérience forcée pendant huit semaines et qu’ils sont restés efficaces, cela va forcément changer notre approche du bureau.

Je ne pense pas nécessairement à moins d’espaces de bureaux, mais je pense qu’ils seront conçus d’une autre manière. Le fait d’aller au travail va être vu comme une chose agréable à faire. Cela devra devenir une expérience attirante. Comme nous sommes connectés où que nous nous trouvions, il faudra trouver d’autres arguments pour rendre le bureau attractif.

Voyez-vous des signaux qui indiqueraient une récession globale?

«Voyons les choses en face, la récession est déjà là. Les marchés sont très fortement impactés, tous les pays sont en baisse. C’est comme si nous nous mettions en pause pour trois mois. Et quand nous nous réveillerons, nous recommencerons. Cette récession est une récession d’un nouveau genre. Donc oui, nous sommes en récession, mais nous nous remettrons vite de cette crise.

Pensez-vous que l’Europe aura la même capacité que la Chine à se remettre sur pied?

«Non, pour la simple et bonne raison que l’Europe est constituée de plusieurs pays qui prennent chacun leurs propres décisions. L’Europe se redressera, mais à des rythmes différents, de manière plus organique que la reprise ‘ordonnée’ que la Chine donne à voir.

Vous attendez-vous à un krach immobilier?

«Non, car la plupart des transactions qui étaient en cours avant le virus existent toujours. C’est juste qu’elles ont été repoussées de trois mois. Peut-être que pour le commerce, cela prendra un peu plus de temps à se remettre, car il faut voir quelle est la capacité de ce secteur à rester sans sources de revenus. C’est certainement là où il y aura le plus de changements.»

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